La Bête du Gévaudan est un animal anthropophage à l'origine d'une série d'attaques contre des humains survenues entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767. Ces attaques, dont entre 88 et 124 furent mortelles en l'état actuel des connaissances, ont été perpétrées au nord de l'ancien pays du Gévaudan (correspondant globalement au département de la Lozère) et, dans une moindre mesure, au sud de l'Auvergne, et au nord du Vivarais et du Rouergue.
La Bête du Gévaudan devint vite une affaire criminelle française d'importance, au point de mobiliser de nombreuses troupes royales et de donner naissance à toutes sortes de rumeurs, tant sur la nature de cette « bête » (vue tour à tour comme un loup, un animal exotique et même un loup-garou à l'époque des événements, voire un tueur en série à l'époque moderne), que sur les raisons qui la poussaient à s'attaquer aux populations, l'assimilant à un châtiment divin, bien que d'autres théories assurent qu'il s'agissait d'un animal dressé. L'affaire ne fut jamais clairement élucidée et devint peu à peu une légende moderne qui inspira de nombreux artistes, dessinateurs, écrivains et cinéastes, jusqu'à l'époque moderne.
Premières attaques
La première personne qu'elle attaqua fut une femme tout proche de Langogne, mais des bœufs arrivèrent et la secoururent. Elle n'eut d'autre mal que ses habits déchirés. La première victime officielle de la Bête fut Jeane Boulet, jeune fille âgée de quatorze ans, tuée le 30 juin 1764, au village des Hubacs (près de Langogne) dans la paroisse de Saint-Étienne-de-Lugdarès en Vivarais.
« L’an 1764 et le 1er Juillet, à été enterrée, Jeane BOULET, sans sacremens, ayant été tuée par la bette féroce, présans Joseph VIGIER et Jean REBOUL. »
La victime fut enterrée « sans sacrements », n'ayant pu se confesser avant sa mort. On relève toutefois sur la consignation de sa mort que le curé de la paroisse mentionne qu'elle fut victime de la bête féroce, ce qui suggère qu'elle ne fut pas la première victime réelle mais seulement la première déclarée.
Une deuxième victime est rapportée le 8 août. Âgée de 14 ans, elle habitait au hameau de Masméjean, paroisse de Puy-Laurent. Ces deux victimes l'ont été dans la vallée de l'Allier. Les suivantes, dès la fin du mois d'août, et durant le mois de septembre, auront lieu autour et dans la forêt de Mercoire.
Étienne Lafont, syndic du diocèse de Mende, est à Marvejols en cette fin du mois d'août. C'est depuis cet endroit qu'il envoie des chasseurs de Mende, dirigés par le sieur Mercier, afin de venir en aide aux chasses qui se mettaient peu à peu en place à proximité de Langogne. Cependant, Lafont se rend vite compte que ces chasses ne seront pas suffisantes, et averti donc M. de Saint-Priest, intendant du Languedoc, et M. le comte de Montcan, gouverneur de la province, de la situation. C'est ce dernier qui donne l'ordre au capitaine Duhamel, stationné à Langogne avec ses dragons, de mener la chasse à la Bête.
Duhamel et les dragons
C'est ainsi à partir du 15 septembre que le capitaine Duhamel et ses dragons débutent leurs chasses, armant les paysans pour qu'ils leurs viennent en aide. Il y avait, cette année là, quatre compagnies de dragons, volontaires de Clermont, stationnées à Langogne ou Pradelles et commandées par Duhamel, capitaine et aide-major. Ces militaires étaient alors très présents dans les régions autour des Cévennes, faisant suite aux conflits avec les Camisards au début du siècle (1702-1715). Durant les multiples battues menées en la forêt de Mercoire, nulle fois la Bête n'est aperçue. Cependant, c'est sans doute consécutivement à ces diverses chasses que la Bête quitte rapidement cette zone. Elle se déplace alors aux confins de la Margeride et de l'Aubrac, au début du mois d'octobre.
Le 7 dudit mois, une fille est tuée au village d'Apcher, paroisse de Prunières. Le lendemain, un garçon de 15 ans est attaqué à proximité de La Fage-Montivernoux. Ce même jour, elle attaque un autre vacher entre Prinsuéjols et le château de la Baume, propriété du comte de Peyre. Le jeune garçon se réfugie parmi ses vaches, qui parviennent à repousser la Bête. Peu de temps après, des chasseurs qui sortent d'un bois avoisinant aperçoivent la Bête qui rode encore autour du garçon. Deux de ces chasseurs tirent et touchent la Bête, qui par deux fois tombe puis se relève. Personne n'arrive cependant à la rattraper alors qu'elle s'enfuit dans un bois. La battue qui suivit le lendemain se solde par un échec. Deux paysans affirment l'avoir vu sortir, en boitant, durant la nuit. Ainsi, et pour la première fois, la Bête a été blessée.
Le 2 novembre, Duhamel et ses 57 dragons quittent Langogne pour s'installer à Saint-Chély, chez l'aubergiste Grassal. Ce n'est pourtant que le 11 novembre qu'ils peuvent effectuer leur première chasse, en raison d'importantes chutes de neige, Voyant le manque de résultat des chasses jusqu'à présent, les États du Languedoc se réunissent le 15 décembre, et promettent une prime de 2 000 livres à qui tuerait la Bête. Cinq nouvelles personnes dont la mort est attribuée à la Bête ont perdu la vie durant ce mois de décembre
L'appel aux prières
Le 31 décembre 1764, l'évêque de Mende, monseigneur Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, également comte de Gévaudan, lance un appel aux prières et à la pénitence. Cet appel est resté dans l'Histoire sous le nom de « mandement de l'évêque de Mende ». Tous les prêtres du diocèse ont pour ordre de l'énoncer à leurs fidèles. Dans ce texte, l'évêque qualifie la Bête de fléau envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs pêchés. Il cite saint Augustin pour évoquer la « justice de Dieu », ainsi que la Bible et les menaces énoncées par Dieu à travers la bouche de Moïse : « j'armerai contre eux les dents des bêtes farouches ». À l'issue de ce mandement, il est ordonné que soient respectées quarante heures de prières et de chants, et ce durant trois dimanches consécutifs.
Mais les prières semblent vaines, puisque la Bête continue son massacre en ce début d'année 1765. Au cours des mois de janvier et de février, les chasses de Duhamel et des dragons s'avèrent infructueuses. Les habitants des lieux se plaignent, par ailleurs, de l'attitude des dragons. Ils sont ainsi accusés de ne pas payer les logements ni la nourriture, ou encore de détruire les récoltes. Le conseiller du Roi, Clément Charles François de L'Averdy, envoie alors un chasseur normand, le sieur Denneval (ou d'Enneval), pour les suppléer. Il est réputé bon chasseur de loups, puisqu'il en aurait abattu plus de 1 200. Martin Denneval et son fils se rendent donc en Gévaudan au milieu du mois de février.
Le combat de Portefaix
Avant l'arrivée des Denneval, le 12 janvier, la Bête s'attaque à sept enfants du Villaret, paroisse de Chanaleilles. Le combat qui l'a opposée aux jeunes bergers, et le courage dont ces derniers ont fait preuve est resté dans les annales. Depuis l'apparition de la Bête, il était recommandé de ne pas envoyer seuls les enfants garder les bêtes. L'élevage dans cette région était principalement celui des vaches et des moutons. Cependant, les hommes adultes étaient souvent occupés aux travaux des champs. Pour limiter les positions de faiblesse que présentent des enfants seuls, les troupeaux sont souvent groupés afin que les jeunes gardent ensemble les animaux.
C'est le cas des sept enfants du Villaret, cinq garçons et deux filles âgés de huit à douze ans. La Bête s'attaqua à eux, tournant autour des enfants qui s'étaient regroupés en position de défense. Elle s'empara alors de l'un des plus jeunes garçons, mais les autres réussirent à piquer la Bête jusqu'à lui faire lâcher prise. Elle avait eu le temps de dévorer une partie de la joue droite de sa victime. Elle revint ensuite à la charge, saisissant Joseph Panafieu, le plus jeune, par le bras, et l'emportant avec elle. L'un des jeunes suggère alors de s'enfuir pendant qu'elle est occupée, mais un autre, Jacques Portefaix, énonce le contraire. Ils accourent alors pour secourir leur infortuné compagnon, tentant de piquer la Bête au niveau des yeux. Ils parviennent finalement à lui faire lâcher prise et à reculer. À l'arrivée d'un ou plusieurs hommes, alertés par les cris, la Bête s'enfuit dans un bois voisin].
Monsieur de Saint-Priest informa monsieur de l'Averdy de ce combat. Et, pour le récompenser de son courage, le Roi offrit de payer l'éducation de Jacques Portefaix. Ainsi, le 16 avril 1765, Portefaix fut admis chez les Frères de la Doctrine Chrétienne, ou Frères Ignorantins, de Montpellier. Il y resta jusqu'en novembre 1770, date à laquelle il entra à l'école du Corps Royal d'artillerie. Il devint ensuite lieutenant, sous le nom de Jacques Villaret, et mourut le 14 août 1785, à l'âge de 32 ans[17].
C'est le 17 février que les Denneval arrivent à Clermont-Ferrand où ils sont présentés à l'intendant d'Auvergne, monsieur de Ballainvilliers. Le lendemain, ils sont à La Chapelle-Laurent, et le surlendemain à Saint-Flour[18]. C'est au début du mois de mars qu'ils prennent place en Gévaudan. Dès leur arrivée, les Denneval veulent l'exclusivité des chasses, et doivent donc éliminer Duhamel. Ils font alors intervenir monsieur de l'Averdy et, le 8 avril, Duhamel et ses dragons doivent quitter le pays pour leur nouvelle affectation de Pont-Saint-Esprit[19]. Cependant, les Denneval tardent à lancer des grandes chasses, la première n'intervenant que le 21 avril. Le but de cette première chasse semblait être de ramener la Bête vers Prunières et les bois appartenant au comte de Morangiès[20]. S'ils purent approcher la Bête, celle-ci parvint à s'échapper sans qu'ils ne puissent tirer.
En ce mois d'avril 1765 l'histoire de la Bête se répand dans toute l'Europe. Le Courrier d'Avignon relate ainsi que des journalistes anglais tournent en dérision le fait que l'on ne puisse abattre un simple animal[21]. Pendant ce temps, monseigneur l'évêque ainsi que les intendants doivent faire face à un afflux massif de courrier. Des personnes de toute la France proposent des méthodes plus ou moins farfelues pour venir à bout de la Bête[22].
Le 1er mai, la Bête se trouve à proximité du bois de la Rechauve, entre Le Malzieu et Saint-Alban. Alors qu'elle s'apprête à attaquer un jeune berger, un homme, l'un des frères La Chaumette, l'aperçoit depuis la fenêtre de la maison située à 200 mètres de là environ. Il prévient alors ses deux frères et tous s'empressent de s'armer et de sortir de la maison. La Bête aurait reçu deux coups de fusil, serait tombée à chaque fois avant de pouvoir se relever. Elle parvient à s'échapper bien que blessée au cou[18]. Le lendemain, Denneval, prévenu entre temps, se rend sur place et poursuit la trace accompagné d'une vingtaine d'hommes. Tous espèrent que la Bête a été blessée à mort. L'annonce qu'une femme a été tuée dans l'après-midi les a détrompé.
Au lendemain de cette chasse, le comte Pierre-Charles de Morangiès écrit au syndic Étienne Lafont pour se plaindre des Denneval : « MM. Denneval arrivèrent et donnèrent comme à l'ordinaire de jactance de l'inutilité la plus désolante. (...) vous qui êtes homme politique êtes obligé de dévoiler aux yeux des puissances l'effronterie des ces normands qui n'ont d'humains que la figure. »[18]. Le 18 mai, Morangiès adresse une nouvelle lettre de plainte auprès de Lafont, alors que les chasses des Denneval sont toujours infructueuses. Le 8 juin, sur ordre du Roi, François Antoine, porte-arquebuse de sa majesté, quitte Paris pour le Gévaudan. Il est accompagné de son plus jeune fils, Robert François Antoine de Beauterne, mais également de huit capitaines de la garde royale, six gardes-chasse, un domestique, et deux valets de limiers[
C'est le 20 juin que le porte-arquebuse, souvent nommé « Monsieur Antoine », arrive à Saint-Flour. Il approche ainsi du Gévaudan, investi du pouvoir du Roi, il ne peut donc pas échouer dans sa mission. Il s'installe au Malzieu, qu'il atteint le 22 juin[23]. Antoine et ses hommes se joignent alors à Denneval lors de différentes chasses. Cependant il ne parvient pas à s'accorder avec ce dernier sur la manière dont les chasses doivent être conduites. La cohabitation semblant impossible, les Denneval quittent le pays le 18 juillet sur ordre du Roi[24]. Pour Antoine, la Bête n'est rien d'autre qu'un loup, c'est d'ailleurs ce qu'il écrit dans l'une de ses nombreuses correspondances : les traces relevées n'offrent « aucune différence avec le pied d'un grand loup »[25]. Le porte-arquebuse ne parvient cependant pas immédiatement à débusquer l'animal. Il est mis à mal par la géographie du pays et demande donc de nouveaux chiens en renfort[25]. Il reçoit également le secours du comte de Tournon, gentilhomme d'Auvergne.
Le dimanche 11 août, il organise une grande battue. Et pourtant cette date ne restera pas dans l'Histoire pour ce fait, mais pour l'exploit réalisé par « la Pucelle du Gévaudan ». Marie-Jeanne Valet, âgée d'environ 20 ans[26], était la servante du curé de Paulhac. Alors qu'elle empruntait, en compagnie d'autres paysannes, une passerelle[N 6] pour franchir un petit cours d'eau, elles furent attaquées par la Bête. Les filles font quelques pas de recul, mais la Bête se jette sur Marie-Jeanne. Cette dernière arrive alors à lui planter sa lance[N 7] dans le poitrail. La Bête se laisse alors tomber dans la rivière et disparaît dans le bois[27]. L'histoire parvint rapidement à Antoine, qui se rendit alors sur les lieux pour constater que la lance était effectivement couverte de sang, et que les traces retrouvées étaient similaires à celle de la Bête. C'est dans une lettre au ministre qu'il surnomma Marie-Jeanne Valet la « pucelle du Gévaudan »[28].
Les Chastel emprisonnés
Quelques jours plus tard, le 16 août, se produit un évènement qui aurait pu rester dans l'anonymat s'il n'avait pas été lié à la famille Chastel, dont Jean, le père, est reconnu comme le pourfendeur de la Bête. Ce jour, une chasse générale est organisée dans le bois de Montchauvet. Jean Chastel et ses deux fils, Pierre et Antoine, y participent. Deux des gardes-chasses de François Antoine, Pélissier et Lachenay, passent à leur côté et demandent leur avis sur le terrain avant de s'engager, à cheval, dans un couloir herbeux entre deux bois[28]. Ils veulent en effet s'assurer qu'il ne s'agit pas là de marécages. Les Chastel les assurant de la sûreté du sol, Pélissier s'engage alors sans crainte, avant que son cheval ne s'embourbe et qu'il soit désarçonné. C'est non sans mal qu'il parvint, avec l'aide de Lachenay, à sortir du marécage, pendant que les Chastel s'amusaient de la situation. Les deux gardes-chasses s'emparent alors du plus jeune des Chastel afin de l'amener auprès de François Antoine. L'aîné et le père prennent alors Lachenay en joue en lui imposant de relâcher le plus jeune. Alors que Pélissier lui vient en aide, il est lui aussi mit en joue. Les gardes-chasses sont donc contraints de battre en retraite[28]. Le soir, ils rédigent un procès verbal pour relater les faits, et, sur ordre de François Antoine, les Chastel sont arrêtés et emprisonnés à Saugues. La consigne qui est donnée aux juges et consuls de la ville par Antoine est la suivante : « Ne les laissez sortir que quatre jours après notre départ de cette province »[29]. Le fait qu'il y ait eu un ralentissement des attaques de la Bête durant la période de cet emprisonnement est souvent repris par certains auteurs pour établir un lien entre la famille Chastel et la Bête[30].
Durant la deuxième quinzaine du mois de septembre, vers le 20 ou le 21, François Antoine est averti qu'un gros loup, peut-être la Bête, rôde près du bois des dames de l'abbaye des Chazes, à proximité de Saint-Julien-des-Chazes. Même si, jusqu'alors, la Bête ne s'était jamais rendue de ce côté de l'Allier, Antoine décide de s'y porter. Il fait cerner, avec l'aide de 40 tireurs venus de Langeac, le bois de Pommier. Et c'est lui, François Antoine, qui débusque l'animal, qui se retrouve à 50 pas de sa personne. Il tire, la bête tombe, se relève, et se jette sur lui. Le garde Rinchard, qui se trouvait à proximité, tire à son tour et abat l'animal[33]. Selon le procès verbal dressé par François Antoine, cet animal n'est autre qu'un gros loup qui pèserait dans les 130 livres. Ils le transportent alors à Saugues, où il est disséqué par le sieur Boulanger, chirurgien de la ville. Selon ce même procès verbal, plusieurs témoins confirment qu'il s'agit bien là de la Bête qui les a attaqués. Parmi les témoins cités se trouvent Marie-Jeanne Valet et sa sœur[34].
Presque immédiatement après la rédaction du procès verbal, Antoine de Beauterne, le fils, charge l'animal sur son cheval afin de se rendre à Paris. Il fait cependant étape à Saint-Flour pour le montrer à M. de Montluc. Il arrive à Clermont-Ferrand dans la soirée. Là il fait empailler et embaumer l'animal[34]. Le 27 septembre, Antoine de Beauterne quitte Clermont avec l'animal et arrive à Versailles le 1er octobre. La bête est alors exposée aux jardins du Roi[34]. Pendant ce temps, François Antoine et ses gardes-chasse sont restés en Auvergne et continuent de chasser dans le bois alentour de l'abbaye royale des Chazes. Une louve et ses petits ont été signalés. Le dernier de ces louveteaux est abattu 19 octobre[35]. François Antoine et ceux qui l'accompagnent peuvent alors quitter le pays, ce qu'il font le 3 novembre.
Officiellement, la Bête du Gévaudan est morte, tuée par le porte-arquebuse du Roi, François Antoine. Peu importe les évènements qui ont suivi, le loup des Chazes était bien la Bête. Ce caractère officiel a d'ailleurs été confirmé en 1770 lorsque François Antoine s'est vu accordé, par brevet, le droit de porter un loup mourant, symbolisant la Bête, dans ses armes[36],[N 8].
Les nouvelles attaques
Gravure de la Bête attaquant une femme[N 9].
Le mois de novembre se déroule sans qu'aucune attaque ne soit relevée. Le peuple commence à considérer que Antoine a bien tué le monstre qui terrorisait le pays. Dans une lettre du 26 novembre, Lafont indique d'ailleurs à l'intendant du Languedoc ; « On n'entend plus parler de rien qui ait rapport à la Bête »[37]. Rapidement pourtant, la rumeur commence à relater des attaques qu'aurait commises la Bête vers Saugues et Lorcières. Ces attaques sont épisodiques jusqu'au début de l'année 1766, et le peuple comme Lafont ne savent s'ils doivent attribuer ces méfaits à la Bête ou à des loups. Cependant, le 1er janvier, M. de Montluc, dans une lettre à l'intendant d'Auvergne semble persuadé que la Bête a bien reparu[38]. Ce dernier alerte la royauté, mais le Roi ne veut plus entendre parler de cette Bête puisque son porte-arquebuse en est venu à bout. À partir de cet instant, les journaux n'ont d'ailleurs plus relaté les attaques survenues en Gévaudan ou dans le sud de l'Auvergne.
Le 24 mars, les États particuliers du Gévaudan se tiennent en la ville de Marvejols. Étienne Lafont et le jeune marquis d'Apcher préconisent d'empoisonner des cadavres de chiens et de les porter aux passages habituels de la Bête[38]. Les attaques se sont d'ailleurs multipliées durant ce mois de mars, et les gentilshommes du pays se sont aperçus que leur salut ne viendrait pas de la cour du Roi. La Bête, elle, semble ne plus parcourir autant de terrain qu'auparavant. Elle s'est, en effet, fixée dans la région des trois monts : mont Mouchet, mont Grand et mont Chauvet. Ces trois sommets sont distants d'environ 15 kilomètres l'un de l'autre.
Les mesures prises s'avèrent inefficaces. De petites battues sont bien organisées, mais en vain. La Bête continue ses attaques durant toute cette année 1766. Il semble cependant que son mode opératoire ait légèrement changé, elle serait moins entreprenante, beaucoup plus prudente. C'est en tout cas l'état dont il est fait part dans les diverses correspondances, comme celles du curé de Lorcières, le chanoine Ollier, à destination du syndic Étienne Lafont[39].
Au début de l'année 1767, une légère accalmie des attaques se fait sentir jusqu'au début du printemps[40]. Mais au printemps, on assiste à une recrudescence des attaques. Le peuple ne sait plus que faire pour en venir à bout, si ce n'est prier. Alors les pèlerinages se multiplient, principalement à Notre-Dame-de-Beaulieu[N 10] et à Notre-Dame-d'Estours[N 11]. L'un d'eux est resté célèbre, au début du mois de juin, puisque la légende veut que Jean Chastel y aurait fait bénir trois balles, fondues à partir des médailles de la Vierge Marie qu'il portait à son chapeau[41].
Le 18 juin, il est rapporté au marquis d'Apcher que, la veille, la Bête avait été vue dans les paroisses de Nozeyrolles et de Desges. Elle aurait tué, dans cette dernière paroisse, Jeanne Bastide, âgée de 19 ans, au village de Lesbinières[3]. Le marquis décide de mener une battue dans cette région, sur le mont Mouchet dans le bois de la Ténazeire, le 19 juin. Il est accompagné de quelques volontaires voisins, dont Jean Chastel, réputé comme étant un excellent chasseur[40].
Alors que ce dernier se trouvait au lieu dit la « sogne » d'Auvers[N 12], un carrefour de chemins, il vit passer l'animal, lui tira dessus et parvint à l'atteindre à l'épaule. Rapidement, les chiens du marquis seraient arrivés pour achever la Bête[40].
De ce coup de fusil, la légende[42] a conservé le discours romancé de l'abbé Pierre Pourcher qu'il disait tenir de la tradition orale de sa famille : « Quand la Bête lui arriva, Chastel disait des litanies de la Sainte Vierge, il la reconnut fort bien, mais par un sentiment de piété et de confiance envers la Mère de Dieu, il voulut finir ses prières ; après, il ferme son livre, il plie ses lunettes dans sa poche et prend son fusil et à l'instant tue la Bête, qui l'avait attendu. »[43].
Huit jours après la destruction de la Bête par Jean Chastel, une louve, qui selon plusieurs témoignages accompagnait la Bête, est tuée par le sieur Jean Terrisse, chasseur de monseigneur de la Tour d'Auvergne[40].
Le destin de la Bête
La Bête est alors portée au château de Besque, vers Charraix, résidence du marquis d'Apcher. On mande alors le notaire Marin, qui établit un rapport très précis sur les dimensions de l'animal. Il est accompagné du chirurgien de Saugues, le sieur Boulanger, et de son fils, ainsi que d'Agulhon de la Mothe, médecin[44]. La Bête est ensuite empaillée par Boulanger, et est exposée au château de Besque. Le marquis d'Apcher ne rechigne pas à la dépense pour recevoir fastueusement la foule qui s'empresse de venir voir la Bête. De nombreux témoignages de victimes d'attaques viennent alors s'inscrire au rapport Marin. La Bête reste donc un long moment à Besque (une douzaine de jours[40]) avant que Chastel ne se décide à l'emmener à Versailles pour la montrer au Roi.
Arrivée au château du Roi, la Bête est dans un état de putréfaction avancé. Boulanger s'est en effet contenté de vider les entrailles et de les remplacer par de la paille. Le trajet et la chaleur n'ont pas dû favoriser la conservation. Lorsque Chastel demande une entrevue avec le Roi pour lui présenter la Bête, cette demande est refusée en raison de l'état de l'animal. C'est Georges-Louis Leclerc de Buffon en personne qui l'examine et conclu qu'il s'agit là d'un loup de grande taille[40]. La Bête est alors enterrée dans un jardin du château sans que rien n'en soit conservé.
Compléments historiques
Localisation
Carte du Gévaudan et alentours
La Bête a sévi principalement dans le pays du Gévaudan, dont les limites sont sensiblement les mêmes que le département de la Lozère. Mais elle s'est rendue également dans le Velay (Haute-Loire), la Haute-Auvergne (Cantal), et le Rouergue (Aveyron).
Si l'on se limite aux frontières géographiques, la Bête a été présente majoritairement dans les montagnes de la Margeride, et en certaines occasions sur les monts de l'Aubrac.
Elle était d'abord à l'est du Gévaudan, vers Langogne et la forêt de Mercoire, avant de migrer vers la Margeride et la zone des trois monts : mont Chauvet, Montgrand et mont Mouchet.
Au XVIIIe siècle, l'environnement du Gévaudan était constitué de vallées et de montagnes très boisées. Il existe alors, en Margeride, de nombreuses tourbières (aussi appelées « sagnes » ou « molières »), rendant difficile tout déplacement. Les villages étaient alors très dispersés, et les infrastructures routières limitées.
En ce qui concerne le climat, il n'était pas rare que l'hiver y soit très long. En effet, les premières neiges pouvaient survenir dès le mois de septembre, et la saison hivernale pouvait durer jusqu'à celui de mai.
Repères chronologiques
Date En Gévaudan ou en Auvergne En France
1715 Fin de la guerre des Camisards -
25 octobre 1722 - Louis XV de France devient Roi
1723 Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré devient évêque de Mende -
1756 - 1763 - Guerre de Sept Ans
30 juin 1764 Jeanne Boulet est la première victime de la Bête -
15 septembre 1764 Début des chasses de Duhamel -
2 novembre 1764 Duhamel s'installe à Saint-Chély -
31 décembre 1764 Mandement de l'évêque -
12 janvier 1765 Combat de Portefaix -
mars 1765 Arrivée de Denneval -
8 juin 1765 - François Antoine quitte Paris pour le Gévaudan
22 juin 1765 François Antoine s'installe au Malzieu -
18 juillet 1765 Les Denneval quittent le Gévaudan -
11 août 1765 Combat de Marie-Jeanne Valet -
16 août 1765 Jean, Pierre et Antoine Chastel sont emprisonnés -
21 septembre 1765 Le loup des Chazes est abattu par François Antoine -
1er octobre 1765 - Antoine de Beauterne présente la Bête au Roi
3 novembre 1765 François Antoine quitte le Gévaudan -
20 décembre 1765 - Mort du dauphin Louis-Ferdinand
18 juin 1767 Jean Chastel abat la Bête du Gévaudan à la sogne d'Auvers -
Le rapport Marin
Le 20 juin 1767, lendemain de la mort de l'animal tué par Jean Chastel, le notaire royal Roch Étienne Marin rédige un rapport de son autopsie depuis le château de Besque, propriété du marquis d'Apcher, sur la commune de Charraix (Haute-Loire). Ce rapport a été retrouvé en 1958, et apporte quelques informations sur la nature de cet animal[45]. Voici une partie des dimensions (avec comme repère, un pied faisant 33 cm, un pouce faisant 22,07 mm et une ligne faisant 2,25 mm) :
Élément Taille en pouces/pieds Équivalent actuel
Longueur depuis la racine de la queue jusqu’au sommet de la tête trois pieds 99 cm
Depuis le sommet de la tête jusque entre les deux grands angles des yeux six pouces 16,2 cm
Largeur d’une oreille à l’autre sept pouces 18,9 cm
Ouverture de la gueule sept pouces 18,9 cm
Largeur horizontale du col huit pouces six lignes 23 cm
Largeur des épaules onze pouces 29,7 cm
Largeur à la racine de la queue huit pouces six lignes 23 cm
Longueur de la queue huit pouces 21,6 cm
Diamètre de la queue trois pouces six lignes 9,5 cm
Longueur d’oreille quatre pouces six lignes 12,2 cm
Largeur du front au-dessous des oreilles six pouces 16,2 cm
Longueur de l’humérus huit pouces quatre lignes 22,5 cm
Longueur de l’avant bras huit pouces 21,6 cm
Longueur de la mâchoire six pouces 16,2 cm
Largeur du nez un pouce six lignes 4 cm
Longueur de la langue quatorze pouces depuis sa racine 37,9 cm
Largeur des yeux un pouce trois lignes 3,4 cm
Épaisseur de la tête sept pouces 18,9 cm
Jambes de derrière de la première à la seconde articulation sept pouces deux lignes 19,4 cm
De la seconde à la troisième articulation jusqu’aux ongles dix pouces 27 cm
Largeur des pattes quatre pouces six lignes 12,2 cm
De la châtaigne au bout de la patte six pouces 16,2 cm
Par ailleurs, ce rapport nous apprend des détails sur les mâchoires de l'animal. Ainsi, on apprend que la mâchoire supérieure est composée de 14 dents, soit 6 incisives, 2 crochets et 6 molaires. La mâchoire inférieure, elle, comporte 22 dents : 12 incisives et 10 molaires.
Ce rapport est également agrémenté de plusieurs témoignages de personnes reconnaissant l'animal, ainsi que les blessures qu'il possédait.
Caractéristiques de la Bête
Si l'histoire de la Bête du Gévaudan a été autant commentée depuis les évènements et sa disparition, c'est principalement parce qu'elle présente plusieurs mystères.
Tout d'abord sur sa nature morphologique. En effet, que ce soit l'animal tué par François Antoine ou celui tué par Jean Chastel, aucun des deux n'a été conservé. Vraisemblablement, si l'on s'en tient au rapport Marin, il s'agirait d'un canidé, mais d'aspect inhabituel[49]. Il faut noter que de nombreux témoins, accoutumés à la présence de loups dans leur campagne, n’ont pas reconnu dans cet animal un loup, mais l’ont directement dénommé sous le terme bestia, « la bête » en langue d'oc.
Ensuite, de nombreux témoignages font penser à une relative invulnérabilité de cette Bête. Le manque d'efficacité des armes a alimenté la théorie selon laquelle elle aurait pu porter une cuirasse en peau de sanglier, comme en portaient les chiens utilisés à la guerre jusqu'au début du XIXe siècle. De nombreux témoignages relatent le fait que la Bête aurait été touchée par une ou plusieurs balles de fusil, tirées par des chasseurs de bonne réputation, et pourtant elle se serait relevée à chaque fois.
Les témoignages font également apparaître un don d'ubiquité à la Bête. Elle aurait, en effet, été aperçue dans un très faible intervalle de temps en des lieux distants de plusieurs kilomètres les uns des autres. Cependant, ces distances restent, dans bien des cas, envisageables pour un seul animal.
Deux des traits les plus marquants de cette Bête sont sa familiarité et son audace. Au moins jusqu'au départ de François Antoine, elle semble ne pas craindre l'homme. Lorsque la bête rencontre une résistance de la part de la victime ou de ses compagnons, elle s'éloigne « de 40 pas », s'assoit parfois sur le train arrière pendant quelques instants et, si elle n'est pas poursuivie, revient à la charge. Elle s'éloigne du lieu de son forfait au petit trot ou au pas. Plusieurs fois, des victimes auraient été attaquées en plein village et presque toutes les attaques ont eu lieu de jour.
Enfin la Bête est très agressive et agile[50]. Cette agressivité est caractérisée par un acharnement qui ne semble pas toujours dicté par la faim. Elle est de plus très agile, car selon les témoignages, elle avait la capacité de sauter par dessus des murs qu'un chien n'aurait pu franchir.
Lancelot est un personnage du cycle des romans de la Table Ronde et le héros éponyme du roman de chevalerie Lancelot du Lac, écrit au XIIIe siècle en langue romane par un auteur anonyme médiéval. Cependant, il est surtout connu par le roman courtois de Chrétien de Troyes, le Chevalier de la charrette, composé entre 1177 et 1181 à la demande de la comtesse Marie de Champagne, fille d'Aliénor d'Aquitaine.
Il est l'un des chevaliers de la Table Ronde, faisant ainsi partie du cycle du Graal. Lancelot est l'archétype du chevalier courtois, au service indéfectible de sa dame, étant même prêt à sacrifier son honneur pour rejoindre celle-ci. Cependant, cet amour sera à l'origine de sa perte et l'empêchera de trouver le Saint Graal : seul son fils, Galahad le Pur, aura ce privilège.
Malgré la diversité des récits, Lancelot est le fils du roi Ban de Bénoïc et de la reine Elaine. Il est donc l'héritier de la Bretagne armoricaine, mais il est aussi et surtout le descendant d'une lignée prestigieuse, remontant notamment à Joseph d'Arimathie, le personnage biblique ayant recueilli le sang du Christ dans le Saint Graal et ayant apporté celui-ci en terre bretonne.
Le château de son père, situé au bord d'un lac au cœur de la forêt de Brocéliande, (en fait il s'agit à l'époque de rédaction des récits arthuriens de la marche de Gaule et de Petite Bretagne située par des recherches récentes entre Vannes et Bellême, entre le Mont Saint Michel et le Mans), était réputé imprenable. Cependant, lors d'une campagne aux côtés du roi Arthur, le roi Ban de Benoïc mourut en quittant son château qui brûlait, laissant seule sa femme enceinte. Quelques mois après sa naissance, le jeune Lancelot est enlevé sous les yeux de sa mère par une créature venant du fond du lac, et disparaît, croit-elle, à jamais.
Ce lac était en fait la demeure de la Dame du Lac, et était la passerelle vers l'île enchantée d'Avalon, pays des mages et sorciers. La fée Viviane, car c'était elle, avait enlevé Lancelot pour l'emmener en son palais sous-marin et l'éduquer comme un fils. Elle décida donc de l'appeler Lancelot du Lac. Pendant dix-sept ans, elle l'éduqua à dessein d'en faire le chevalier parfait : chasse, musique, combat mais aussi courtoisie et noblesse d'esprit.
Parvenu à l'âge de dix-sept ans, il pressa la fée Viviane de l'introduire auprès du roi Arthur pour être adoubé chevalier. Grâce à son appui, mais aussi grâce à l'aide du chevalier Gauvain, neveu du roi, il fut fait chevalier le lendemain même, jour de la Saint-Jean. C'est durant cet adoubement qu'il remarque celle qui sera sa dame, mais qui provoquera aussi sa perte, la reine Guenièvre. Ébloui par celle-ci, il va à sa rencontre et lui propose de devenir son chevalier, ce qu'elle accepte : le coup de foudre est réciproque. Cependant, dès la fin de la cérémonie, une jeune fille vient le trouver et lui apprend qu'il doit prendre la route sur-le-champ, afin de délivrer des maléfices le château de la Douloureuse Garde. Celle-ci lui remet, de la part de la Dame du Lac, un écu à trois bordures rouges, qui décuplera sa force au combat.
Après avoir chevauché toute la journée, il arrive enfin au sinistre château : derrière les portes de la double enceinte, vingt chevaliers gardent prisonniers les villageois et attendent de le tailler en pièces. Grâce à l'écu de Viviane, il arrive pourtant à venir à bout de ses adversaires et fait ainsi sien ce château, le rebaptisant du même coup château de la Joyeuse Garde. Il repart pourtant immédiatement vers Carduel, impatient de revoir sa dame. Mais en longeant le cimetière du château, une tombe, surplombée d'une épée en or, attire son attention. Il s'en approche et parvient à déchiffrer l'inscription : « Ici reposera Lancelot du Lac, fils du roi Ban de Benoïc et vainqueur de la Douloureuse Garde ». Il apprend donc en même temps le secret de sa naissance et celui de sa mort.
À son retour, il est fêté par l'ensemble de la cour, plus particulièrement par la reine. Arthur en fait alors son principal relais pour la mission de quête du Graal. Lancelot est en effet le meilleur des chevaliers de la Table Ronde, souverain en courtoisie, en tournoi et au combat. Lancelot, au cours de ses aventures, pourra même apercevoir le Graal par deux fois. Cependant, son amour interdit pour la reine l'empêchera d'avoir accès à ses mystères.
Au fil des tournois et des combats, sa réputation ne cesse de grandir, tout comme son amour pour Guenièvre. Or, un jour où Lancelot était absent de la cour, Méléagant, fils du roi de Gorre, vient défier les chevaliers. Ainsi, il affirme détenir prisonniers dans son château un certain nombre de chevaliers et propose de les libérer si quelqu'un réussit à le vaincre en combat singulier. Dans le cas contraire, il enlèvera la reine Guenièvre. Seul le sénéchal Keu accepte et relève le défi.
Le lendemain, Keu et Guenièvre se présentent à l'orée de la forêt, où les attend Méléagant. Après un très court combat, Keu se retrouve à terre. Méléagant saisit alors la reine et le chevalier, et s'apprête à s'en aller lorsque Lancelot, arrivant à grand galop, s'élance sur le prince de Gorre. Il réussit à le blesser à l'épaule, mais Méléagant enfonce son épée dans les flancs du destrier de Lancelot et prend la fuite.
Lancelot se retrouve alors seul, loin de tout mais surtout privé de son cheval. Il se met donc à marcher à travers la forêt pendant des heures. Il aperçoit soudain, au bord du chemin, un nain conduisant une charrette à bestiaux, sale et vermoulue. Il demande à celui-ci s'il n'a pas vu passer l'équipage constitué de Méléagant, Guenièvre et Keu. Le nain lui répond qu'il pourra le mener à sa dame à la condition de monter sur la charrette. Lancelot hésite : seuls les brigands et les hommes de peu de foi se déplacent en cet attirail, mais c'est pourtant sa seule chance de revoir la reine. Il se résout donc à monter sur cette charrette de la honte. Commence alors un éprouvant voyage : sur le chemin, tous se moquent de cet attelage d'un nain et d'un chevalier misérable. Finalement, la charrette arrive à un château où ils passent la nuit.
Dès l'aube, le nain réveille Lancelot : il a vu la reine Guenièvre emmenée par des gardes. Après avoir chevauché nuit et jour, il parvient aux abords du château de Badémagus. Mais il n'est pas au bout de ses peines : il doit en effet franchir le terrible Pont de l'Épée, une immense épée tranchante comme un rasoir posée entre deux rives. Ce pont, situé au-dessus d'une eau noire et glacée, est gardé par deux lions. Ne pensant qu'à sa dame, il enlève tous ses vêtements et s'enduit de poix, matière visqueuse, pour éviter la chute. Après maintes coupures, il rejoint enfin l'autre rive de laquelle les lions ont, par enchantement, disparu. Devant cet exploit, Lancelot est acclamé et le roi Baudegamu propose alors de libérer tous les prisonniers, mais Méléagant refuse et défie Lancelot. Dès le lendemain, le combat entre Lancelot et Méléagant débute. Malgré toutes les épreuves qu'il a subies, Lancelot a rapidement le dessus. Bademagus ordonne alors l'arrêt du combat, et Lancelot peut ainsi repartir pour Camelot avec sa dame.
Malgré cet exploit, la proximité de Lancelot et Guenièvre est vue d'un mauvais œil, et leur relation rapidement éventée. Un soir, alors qu'il avait rejoint Guenièvre dans sa chambre après un banquet, il est surpris par Arthur. Celui-ci voit donc ses soupçons confirmés et décide alors de le faire arrêter. Lancelot réussit à s'enfuir, mais doit abandonner sa dame. Selon les lois du royaume, celle-ci a trahi et doit donc mourir : elle montera sur le bûcher.
Le jour dit, les soldats hésitent à s'emparer de la reine : son aura est encore intacte. Alors que celle-ci avance d'elle-même vers le lieu du supplice, une trentaine de cavaliers arrivent à bride abattue : c'est Lancelot qui, à leur tête, vient enlever Guenièvre. Mais les chevaliers d'Arthur veillent : après une rude bataille, dans laquelle Lancelot tue Agravain et Gareth, deux frères de Gauvain, seuls Gauvain et Lancelot sont en mesure de se battre. Arthur voit alors s'affronter ses deux meilleurs chevaliers, autrefois amis. Il leur demande d'éviter ce massacre inutile mais la détermination de Gauvain est grande. Dans cet ultime combat entre deux adversaires de même valeur, Lancelot finit par prendre le dessus et assène un coup fatal. Il demande alors à Arthur la faveur d'arrêter le combat et de retourner dans sa Gaule natale. C'est ainsi qu'il quitte le roi Arthur, afin de rejoindre l'ermitage de ses derniers jours et de ne plus revoir son roi et sa dame.